lundi 8 février 2016

Chronique : City on Fire

City on Fire de Garth Risk Hallberg

Plon, collection Feux Croisés, 2016, 964 p., 23,90€


Résumé :

31 décembre 1976. New York se prépare pour le réveillon. Chez les Hamilton-Sweeney, Felicia accueille financiers et mondains tandis qu'à l'autre bout de la ville, dans le Lower East Side, Charlie, venu de Long Island, attend Sam pour assister à un concert punk. Mais Sam a un autre rendez-vous auquel elle tient plus que tout. Elle retrouvera Charlie dans quelques heures à la station de métro de la 72e Rue. À quelques encablures de là, dans Hell's Kitchen, Mercer Goodman tourne et retourne un délicat carton d'invitation. Et s'il se rendait à la réception des Hamilton-Sweeney pour retrouver Regan, cette sœur que William, en rupture avec sa famille, lui a toujours cachée ? Pourquoi ne pas saisir l'occasion d'en apprendre plus sur William, son amant, l'ancien leader du groupe punk Ex Post Facto ?
Bientôt, des coups de feu retentissent dans Central Park. Une ombre s'écroule dans la neige...
Qu'est-ce qui peut bien unir ces êtres – qui n'auraient jamais dû être amenés à se rencontrer – à un meurtre commis au cœur de Central Park ? Au sein de ce roman choral, leurs histoires s'entremêlent et nous entraînent dans les recoins les plus infimes de la ville.

Mon avis :

J'ai eu ce livre grâce à un partenariat NetGalley, donc merci encore (ainsi qu'aux éditions Plon, du coup) (n'hésitez pas à vous inscrire, le catalogue est encore assez mince, mais si vous lisez en numérique, ça peut être pas mal).
Comme on peut le voir dans le résumé, nous allons suivre ici une multitude de personnages, venant d'horizons très divers et dont les seuls points communs sont de vivre à New York et d'avoir un lien avec des coups de feux tirés dans Central Park le soir d'un réveillon.
Si j'aime le roman choral de manière générale, je suis bien obligée d'avouer qu'au début on s'y perd un peu. Parce que suivre tour à tour un ado en quête de modèle, un artiste camé torturé, un journaliste qui court après le papier qui le fera reconnaître de ses pairs, une riche héritière dont la famille éclate, un groupe de punks désabusés ou encore un flic qui n'arrive pas à raccrocher, le tout en naviguant du passé, à notre présent avec une grosse partie en 1977, sans parler des homonymes, il faut s'accrocher.
Mais une fois cette première difficulté passée, on est sur une autoroute. Chaque personnage a une histoire, un caractère, des motivations qui lui sont propres et on va passer 960 pages à les étudier, les disséquer, et trouver en eux tout ce qu'ils ont d'humain, toutes leurs failles. Ce parti pris de l'auteur de nous faire voyager dans le passé des personnages pour nous en dresser le portrait le plus complet possible fonctionne.
On va s'attacher à certains d'entre eux, en détester d'autres, essayer d'en détester certains tout en les comprenant, et vouloir un peu tous les secouer au fur et à mesure de leur évolution.
J'ai lu ça et là des reproches concernant des longueurs. Pour ma part, je n'ai pas eu cette impression mais la densité du livre (sans parler de son nombre de pages) m'ont tout de même obligée à faire des pauses avec d'autres lectures.
Il faut dire que les milieux, notamment concernant la drogue, la musique, où nous entraîne l'auteur ne font pas une jolie publicité de New York, et le glauque qui se dégage de certains quartiers donne parfois envie de poser le bouquin.
Je pense que le travail de documentation est assez phénoménal, et qu'on a là un cliché assez représentatif et fidèle de New York à la fin des années 70, dans toute la diversité qu'elle pouvait proposer. J'imagine que pour des gens qui connaissent la ville, certains passages doivent encore plus leur parler avec ce que cela amène de nostalgie.
J'ai également pas mal apprécié les interludes (le roman étant séparés en "livres", eux-mêmes séparés en chapitres et les interludes se calant entre chaque livre) sous forme de fanzines, d'articles de presse, etc. On a là comme du matériel bonus pour aller encore plus loin tant dans l'approche des différents personnages que dans cette ambiance particulière du New York des années 70. Dans les sources en fin d'ouvrage, l'auteur nous explique d'ailleurs que certaines des chroniques ou des informations utilisées sont véridiques.
Bref, en sortant de cette lecture, on se dit forcément que William, Mercer, Sam, Pulaski, Charlie et les autres existent ou ont existé tant on a l'impression de les connaître. Ceci est encore accentué par le fait que l'auteur écrive de façon très visuelle (sans pour autant s'embarrasser de descriptions à rallonge, le texte vit, pas d'inquiétude de ce côté-là) (et du coup, je ne suis pas du tout étonnée de l'adaptation à venir).
Et évidemment, le punk étant un des personnages principaux de cette histoire (en tant que courant) les mélomanes apprécieront les références aux groupes de l'époque (keurkeur Patti Smith).
Et surtout, ce que j'ai réellement beaucoup apprécié, c'est de voir ce que deviennent les personnages après ces 6 mois de 1977, puisqu'on a une incursion dans les années 2000. Là où normalement, le mot fin s'étale, l'auteur nous donne encore un petit bonus.
Par contre, les critiques dithyrambiques de la presse m'ont une fois de plus un peu gâchées la lecture. Oui, c'est un bon livre, oui, il y a plein de réflexions intéressantes mais je trouve un peu présomptueux de le comparer aux meilleures oeuvres de Proust sous prétexte que c'est un pavé qui se tient. Il me semble qu'avant de vouloir ériger une oeuvre au statut de "culte", il faut la laisser vivre un peu.

Les + :

  • Des personnages riches, vivants et fouillés. Tous.
  • Un travail de documentation assez énormissime.
  • Une écriture qui se lit toute seule malgré le pavé.
  • Une réelle ambiance qui se dégage du livre et nous laisse à penser que tout s'est vraiment produit.
  • Des interludes qui permettent de prolonger le plaisir tout en complétant le récit.
  • Une fin où on sait ce qu'il arrive aux personnages.

Les - :

  • Les revues de presse qui me gâchent toujours un peu le plaisir
  • Un début qui n'aide pas à se repérer
  • Il faut avoir du temps devant soi avant de se lancer.

15 commentaires:

  1. Je vais bientôt le lire, j'attends d'avoir vraiment envie de me plonger dans les quelques mille pages qui le composent, je papillonne entre plusieurs lecteurs faciles en ce moment, quelques petits problèmes de concentrations ^^

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    1. Ne t'inquiète pas, il est assez facile de le laisser poser. Comme je l'ai dit, j'ai lu plusieurs autres romans en parallèle, et je ne me suis pas sentie perdue. En tout cas, j'ai hâte d'avoir ton avis !

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  2. Un excellent livre ! Il m'a tenu longtemps, mais je ne le regrette pas. Je n'ai pas encore écrit mon avis (j'ai du mal à mettre mes idées en ordre ^^) mais il faudrait que je me dépêche !
    Sinon je suis d'accord avec toi sur la presse qui tient absolument à faire de ce livre un livre culte. Certes, il est excellent, mais à ce point-là ?

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    1. Je suis d'accord, j'ai aussi eu du mal à rédiger quelque chose pour ce livre. Il est tellement dense que c'est difficile de ne pas se disperser aussi en le chroniquant.

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  3. J'avais hâte de lire ton avis. J'ai vraiment aimé. Je fais partie des gens qui y ont trouvé quelques longueurs mais que cela n'a pas dérangé plus que cela.
    Je trouve que le livre est à la hauteur du buzz qu'il génère mais pas forcément de certaines critiques comme celle que tu cites par exemple. Et en effet pour que le livre soit culte, laissons le vivre.
    Un excellent livre que je suis super heureuse d'avoir lu, moi qui m'intéresse (de loin) au mouvement punk et son histoire, j'ai vraiment été comblée.

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    1. Pour les longueurs, en fait, je trouve que ça collait à l'ambiance qui se dégageait et au rythme, donc ça ne m'a pas gênée.
      Pareil, le travail documentaire sur le punk m'a beaucoup plu (mon adolescence rebelle n'est pas si loin ^^), et j'ai aimé aussi les références musicales de la fin des 70's.

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  4. C'est vrai que la longueur du récit me freine pour le moment ! Je l'ai noté mais pour plus tard quand j'aurais davantage de temps pour le lire.

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  5. Ah ce livre a effectivement beaucoup fait parler de lui!! Et je ne sais pas encore si je le lirais ou pas, mais je suis d'accord avec toi que pour dire que c'est un livre "culte", il faudrait avoir un peu plus de recul!

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    1. Oui, c'est un peu agaçant de voir tous ces superlatifs alors qu'il est encore au tout début de sa durée de vie en tant que bouquin.
      Mais vu la couverture médiatique, les droits déjà achetés pour les adaptations ciné + TV, il sera forcément "culte" au moins dans ce sens-là.

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  6. Je suis vraiment tentée par ce livre ma sa taille me refroidit un peu.Je n'ai pas le temps pour lire un gros livre en ce moment.
    J'attendrais peut-être sa sortie poche.

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    1. L'avantage, c'est qu'il peut se poser quelques jours sans problème, on n'est pas dans un truc haletant dont il faut absolument savoir la suite tout de suite maintenant.

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  7. je l'ai pris et reposé je ne sais pas combien de fois à la librairie, à voir si une prochaine fois je me laisse tenter :D

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    1. C'est vraiment un bon moment (et un long) de lecture. L'avantage étant qu'on peut l'alterner avec autre chose sans trop perdre le fil. Tiens-moi au courant si tu finis par le lire !

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  8. Avec 300 pages en moins, j'aurais frôlé le coup de coeur. Mais là...

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  9. Il est aussi à la médiathèque donc je pense tenter l'aventure!

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