mardi 21 février 2017

Chronique : #MartyrsFrançais

Merci à Babelio et Aux Forges de Vulcain pour leur confiance

#MartyrsFrançais d'Alexis David-Marie

Aux Forges de Vulcain, 2017, 185 p.

Contemporaine, Société

La vie paisible et sans histoires de François est brisée le jour où un migrant bangladais tue son père André, bénévole dans une association caritative. D'abord effondré, François entreprend un patient travail de deuil. Mais sa cousine Louise, militante d'extrême-droite, s'empare de ce fait divers pour le médiatiser et transformer son oncle en martyr, symbole pour ces français qui se disent victimes de l'immigration et abandonnés des élites. S'engage alors un duel à distance entre François et Louise, pour la mémoire d'André, et, à travers lui, pour l'âme de la France, qu'une campagne présidentielle amène au bord de l'hystérie collective. Roman du deuil, roman politique, roman d'un homme simple qui aspire à vivre dans une société fraternelle, #martyrsfrancais est le deuxième roman d'Alexis David-Marie.

Le thème de cette lecture m'intriguait énormément, surtout au vu de l'actualité. Et, il faut bien avouer, le sujet est casse-gueule. Ne pas faire passer les groupuscules d'extrême-droite pour des caricatures ambulantes, ne pas tomber dans le moralisme à outrance, dans la facilité tout en défendant quelques valeurs, quand même. Le tout sur fond de deuil, de récupération politique, mais surtout de colère.
Le père de François, qui accompagnait les migrants dans l'accès au droit en tant que bénévole, vient d'être tué par un des bénéficiaires de l'asso où il donnait de son temps. Un coup terrible pour sa famille. D'autant que François, son fils, n'a pas le temps de commencer son travail de deuil que la récupération politique de ce triste fait divers se met en marche. 
Parce que sa cousine, Louise, est bien décidée à se servir de la mort de son oncle pour faire passer quelques messages. En parler à ses cousins ou au reste de sa famille ? Pas la peine, le respect, c'est dépassé. Néanmoins, elle ne se cache pas. Après une demande de canonisation de son oncle, c'est rapidement sur son décès, la faute à un migrant, qu'elle va se concentrer. 
Très sceptique face à la première démarche, et très en colère face à la seconde, François va prendre les armes : hors de question que l'image et la vie de son père soient ternies pour devenir la mascotte d'un courant (qu'il qualifie au premier abord simplement de) raciste. Le reste de sa famille préfère attendre que le soufflé retombe, bien conscients qu'ils sont que médiatiser le fait risque de promouvoir les messages véhiculés par Louise.
Le truc, c'est qu'on connaît finalement toujours peu ses parents. Quels individus sont-ils ? François va fouiller, lire beaucoup, chercher des contre-arguments pour défendre son père.
Là où l'auteur fait fort, mais là où il fait aussi peur, c'est dans sa façon d'incarner ces courants d'extrême-droite qui veulent protéger une identité "française". Louise et certaines des personnes que François va rencontrer ont des arguments. Ils se basent des études, des lois, des statistiques, plus uniquement sur des procédés de propagande pour faire peur au chaland.
J'ai froncé les sourcils, levé les yeux au ciel, mais au fond, très franchement, j'ai grimacé. Parce que face à un discours cohérent et construit, face à un vocabulaire pas forcément agressif, il est difficile de répondre sans y être préparé. Difficile de démontrer que ce que la personne en face raconte, c'est du caca en boîte.
L'auteur va également perdre François dans les méandres de la "fachosphère", un internet qu'il ne soupçonnait même pas (je suppose que tout le monde connaît un certain site "d'information" très extrême-droite que je ne citerai pas, mais qui pue l'islamophobie à plein nez et  le même communautarisme (qu'ils dénoncent chez les autres) jusque dans le titre). RIP son historique de prof en maternelles. 
Heureusement, l'auteur est malin. À travers François, il va bien expliquer comment ce site fonctionne : revue de presse de tous les articles / entrefilets / faits divers qui contiennent le mot "immigration" ou pire (y a de l'ironie ici, mes lapins) "musulman" et "islam". Sans oublier les lanceurs d'alertes, les témoins de faits invérifiables, évidemment.
Peu de place pour le travail de deuil, beaucoup pour l'indignation. Pour les réseaux sociaux, parfaits pour lancer des mouvements de masse souvent idiots. Pour la compréhension de mouvements qui demeurent à mes yeux simplement inadmissibles malgré un certain lissage de leur image. Et beaucoup de place pour la réflexion sur l'identité, la culture. 
Un bouquin qui se lit d'une traite ou presque, qui est très intéressant. Mais surtout qui m'a fait flipper. Sévère. Avec les quelques mois qui nous séparent d'une élection présidentielle qui ne pas que nous apporter des paillettes dans les yeux, je le recommande.
 
  • Pas de caricatures, ni d'un côté, ni de l'autre
  • Des réflexions poussées dans chaque "clan"
  • Des thématiques d'acutalité
  • Une réflexion sur l'identité de manière générale (culturelle, familiale) intéressante
  • Un livre kifépeur

  • Un livre kifépeur
  • La fin, un peu étrange
  • Un certain malaise à la lecture des pamphlets de Louise

10 commentaires:

  1. Beaucoup aimé également... un titre nécessaire, je crois, à l'approche des élections.

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    1. Nécessaire, je ne sais pas, pas sûre que Les gens vraiment concernés le lisent, mais très intéressant en tout cas, oui.

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  2. Ben tu vois c'est pas du tout mais alors pas du tout mon genre de lectures, mais je trouve qu'il doit vraiment être intéressant, ton avis a su me titiller !

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    1. C'est tellement d'actualité et bien traité que je pense que ça ne peut faire que du bien de le lire.

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  3. Un peu à cheval entre le témoignage, l'essai et le roman finalement alors ?
    Intriguant ce livre en tout cas...

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    1. Exactement ça, je n'aurais pas mieux résumé 😊

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  4. c'est vrai que c'est d'actualité, ça a l'air d'etre une lecture intéressante

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  5. C'est vrai que c'est terriblement d'actualité comme thème... Mais même si c'est intriguant, je ne sais pas si je le lirai car je risque de m'énerver toute seule durant la lecture ^^.

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    1. Ah, i y a d quoi, mais les arguments développés permettent aussi de comprendre comment les gens peuvent finalement être d'accord.

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